Dans une Europe nourrie des Lumières et d’Humanisme, nous apportant bien-être, prospérité et paix, il n’est bien entendu pas étonnant de rencontrer un très grand nombre de démocrates, unis dans le seul but de porter au plus haut dans les institutions politiques de leur pays respectif ces valeurs séculaires. Un petit tour d’Europe nous aidera à mieux apprécier la mission qu’ils se sont donnés :
- En Suisse, pays neutre et de refuge, l’Union Démocrate du Centre a remporté les dernières élections fédérales. Libérale sur le plan économique, conservatrice sur celui des mœurs, l’UDC est ouvertement xénophobe. - En Espagne, dont un roi maintient l’heureuse unité, les démocrates chrétiens, pétris de foi et de dévouement pour leurs prochains, se sont retrouvés sous la bannière d’un Parti qui ne pouvait être que Populaire, pour gouverner le pays jusqu’en 2004. Qualifié de « droite la plus musclée d’Europe », ce parti avait à sa tête le très atlantiste Aznar, favorable à la guerre en Irak et au bombardement du Liban, petit-fils d’un proche du dictateur Franco, dont il a subventionné la fondation, et qui est maintenant devenu administrateur du groupe de presse néoconservateur de Rupert Murdoch.

- L’Italie, pour sa part, a donné naissance sur le modèle, non pas d’une fresque de Michel Ange, mais du Parti Démocrate des USA, au Parti du même nom qui vient de perdre très sévèrement les élections législatives, après avoir perdu toute prétention si vague soit elle à une politique socialiste.

- L’Allemagne, pays des romantiques Gœthe et Schiller, n’est pas avare en démocrates : les Partis Social Démocrate (SPD), Chrétien Démocrate (CDU), et Libéral Démocrate (FDP) ont tous en commun, à l’exception du mot dont l’étymologie renvoie au pouvoir du peuple, un choix clair en faveur de la construction d’une Europe libérale dirigée par une commission dont les membres sont choisis en dehors de tout cadre démocratique.

- Le Parti Démocrate Européen (PDE) s’est battu comme un beau diable, sur fond bleu étoilé, pour faire admettre le traité constitutionnel européen de la « concurrence libre et non faussée » rejeté par le peuple et adopté par les démocrates qui les « représentent ».

- Dans notre pays des Droits de l’Homme, le Mouvement Démocrate (Modem) du malchanceux Bayrou regroupe des parlementaires qui ont voté, comme un seul homme, toutes les lois proposées par l’UMP-MEDEF, entre autres celle des 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux à nos « concitoyens » les plus riches, car sans doute les plus méritants.

- Que dire encore du programme du Parti Populaire, Libéral et Démocrate des Pays-Bas (VVD), si ce n’est qu’il se trouve inscrit dans son nom. Et du Parti Démocrate Libéral de Macédoine, et de tous ceux des autres pays européens ?

La nature du démocrate paraît être la nature politique la mieux partagée sur le continent européen ; nature qui semble pourtant étrangement se confondre avec celle de ceux qui, soit détiennent le capital, soit servent les intérêts du capital. Aussi ne devrions-nous pas voir la revendication, de plus en plus affichée, des socialistes français de leur appartenance, au mieux à la social-démocratie, au pire au social-libéralisme, comme une sorte de coming-out politique : être des démocrates décomplexés ? Affichons-nous enfin démocrates, pour le plus grand malheur du peuple.

Que conclure ? Que la démocratie est un bien trop précieux pour la laisser entre les mains des démocrates ? En tout cas, une chose est certaine : la démocratie, plus on en parle, moins elle s’exprime.